Questioners, prenez de bonnes habitudes !

Je continue ma série sur les « four tendencies ». Dans le premier épisode, nous avons parlé des obligers, ceux qui réagissent principalement à des obligations externes et travaillent mieux lorsqu’ils se sentent utiles pour les autres.

Aujourd’hui, nous passons à la personnalité inverse, c’est-à-dire les questioners. Ils répondent le mieux à des obligations internes et ont besoin de comprendre pourquoi faire quelque chose. Ainsi, un des principaux traits de leur personnalité est de vouloir traiter les sujets à fond. Si la réponse « Parce que c’est comme ça » ne vous satisfait pas, c’est que vous êtes peut-être un questioner.

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Voyons ce que ça peut impliquer pour les musiciens, avec quelques idées que vous pourrez appliquer vous-même ou qui pourront vous servir à conseiller vos élèves.

Faites des recherches :

Puisque vous avez tendance naturellement à vous plonger à fond dans les sujets, utilisez cette qualité pour vous motiver. Intéressez-vous à votre instrument en général, à son histoire, à son actualité : lisez des livres, suivez des blogs, abonnez-vous à des pages facebook, allez voir des master-class ou regardez-en en video sur youtube. Vous baignerez ainsi dans une ambiance « clarinette » ou « violoncelle » ou « piano » et cela vous incitera sûrement à plus jouer de votre instrument.

Lorsque votre prof vous donne un nouveau morceau, cherchez à en savoir plus sur le compositeur, sur le morceau en lui-même. Faites une analyse de la partition ou faites-vous aider pour le faire. Cherchez des enregistrements, comparez-les, demandez-vous pourquoi telle version vous plaît davantage que telle autre. Tout ce qui vous permet de mieux comprendre les choses augmentera votre motivation pour jouer ensuite.

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Faites encore des recherches :

Vous pouvez faire des recherches sur la motivation et les méthodes de travail en général, pas nécessairement liées à votre instrument. Si vous connaissez et comprenez les mécanismes d’apprentissage, si vous comprenez pourquoi il est important de faire des gammes (et si vous avez trouvé des conseils pour les faire de façon efficace), ou pourquoi le travail lent est indispensable, alors vous utiliserez ces méthodes avec plaisir !

Voici quelques exemples de livres qui pourraient vous aider à améliorer vos habitudes de travail :

Outliers - GladwellOutliers de Malcolm Gladwell. Traduit en français sous le titre malheureusement réducteur de Tous winners!, il explique les raisons du succès dans différents domaines, avec beaucoup d’exemples inspirants. Il parle notamment du concept des 10.000 heures, selon lequel il faudrait un total de 10.000 heures de pratique régulière pour parvenir à maîtriser un domaine quel qu’il soit.

The Musician's WayThe Musician’s Way de Gerald Klickstein. Explique comment installer de bonnes habitudes de concentration et de travail, en se fixant des objectifs clairement identifiés. Parle également de l’importance des pauses et donne des alternatives à de mauvaises habitudes que l’on peut avoir, comme par exemple répéter indéfiniment le même passage à l’identique, sans se poser les bonnes questions qui permettraient de l’améliorer. L’auteur de ce livre tient également un blog très intéressant que je vous conseille de visiter.

Practicing for young musiciansPracticing For Young Musicians de Harvey Snitkin. Particulièrement destiné aux professeurs qui veulent donner des pistes à leurs jeunes élèves, il développe en particulier l’idée que l’essentiel des progrès que fait un élève se fait entre deux cours, et que l’élève doit donc être son propre professeur, avec une oreille critique bien sûr, mais aussi une panoplie de techniques amusantes et efficaces pour progresser.

Si vous tapez les mots « music practice books » dans votre moteur de recherche préféré, vous verrez que les livres sur ce sujet ne manquent pas, surtout en anglais.

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Faites toujours des recherches :

Maintenant, passez à une étape un peu plus pratique : il faut que vous trouviez quelles sont les meilleures techniques, les meilleures méthodes, pour vous. Pour cela faites des tests, qui peuvent être tout simples : variez le moment de la journée pour travailler votre instrument, l’ordre dans lequel vous faites vos exercices et vos morceaux, le temps de votre session de travail, les pauses nécessaires et leur durée… Après avoir fait ces expériences, déterminez votre planning idéal. Le fait de l’avoir conçu vous-même de façon rationnelle devrait être plus efficace que simplement suivre les conseils donnés par un prof.

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Si vous êtes prof et que vous voulez aider vos élèves questioners, faites attention à ne pas vouloir plaquer sur eux ce qui fonctionne pour vous-même. Encouragez-les à s’investir personnellement dans la réalisation d’un planning de travail, puis faites le point avec eux sur ce qui a fonctionné ou pas.

Maintenant, arrêtez de faire des recherches :

Votre qualité peut devenir un défaut si vous passez tout votre temps à faire des recherches et plus de temps du tout à jouer de votre instrument. Fermez donc vos livres, éteignez l’ordinateur, et hop, au boulot !

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Ça semble évident, mais ce n’est pas si facile pour un questioner qui a tendance à se poser mille questions et qui est vite distrait par son envie d’en savoir plus, et qui risque de remettre en question ce qu’il avait pourtant déjà décidé.

Une fois que le planning a été décidé de façon rationnelle, la pratique doit devenir une habitude, sans prise de décision. Il faut donc développer des automatismes. Pour cela, il peut être utile de lier la pratique à certains rituels, qui seront toujours les mêmes, et qui vous « conditionneront » à prendre votre instrument sans y réfléchir. Par exemple : je me lève le matin une demi-heure plus tôt que le reste de ma famille, toujours à la même heure, je prends un café puis ma clarinette (et je réveille les autres en musique!) Ou bien : je rentre de l’école, je prends mon goûter puis ma clarinette. L’association café/clarinette ou goûter/clarinette est propice à l’installation d’une habitude (et n’est-ce pas mieux d’être conditionné café/clarinette que café/cigarette?)

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Imaginez vos propres routines, en associant à votre pratique musicale gestes, goûts, odeurs, petites actions simples. Il y a toutes les chances que ça fonctionne car c’est vous qui vous serez auto-conditionné. En bon questioner, vous aimez garder le contrôle sur vous-même.

Dans le prochain article, nous parlerons des upholders. D’ici là, chers amis questioners, dites-nous en commentaires si l’une de ces techniques fonctionne pour vous, ou si vous en avez imaginé d’autres !

 

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Un commentaire


  1. Très astucieux, je me reconnais dans vos descriptions de « questioner »! Ce qui est consternant, c’est quand on fait partie d’un ensemble et on n’est pas inspiré par le choix de musique. Tous les trucs (la recherche sur l’histoire, le compositeur, etc.) ne font que d’augmenter le sens d’ennui! Soit qu’on cherche un peu de « obliger » dans sa persona, soit qu’on commence à jouer moins souvent….

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