Les premières années de la clarinette

Au XVIIIème siècle, les matériaux utilisés pour la fabrication des clarinettes étaient la plupart du temps des bois tendres, comme les arbres fruitiers (poirier, prunier), le bouleau ou la partie tendre du buis. On trouve également quelques clarinettes en ivoire. Les clés étaient généralement de cuivre ou de laiton, exceptionnellement d’argent, et avaient une forme de spatule carrée sous laquelle étaient collés les tampons de feutre ou de cuir. Elles reposaient dans une rainure taillée dans un renflement de bois usiné sur le corps de l’instrument. Un fil de cuivre très fin, d’environ 1 mm de diamètre, était inséré au travers de la clé et de l’anneau, pour servir d’axe de rotation. Souvent, ce fil était doté d’un petit crochet à l’une de ses extrémités pour que la clé puisse être démontée facilement lors du changement du tampon par exemple.

Clé de clarinette
Détail d’une clé d’une clarinette en ré de J. W. Oberlender. On voit bien la spatule, l’anneau de bois,
et même l’axe en cuivre qui dépasse légèrement.

Les clés étaient maintenues dans leur position de repos par des ressorts de cuivre montés soit sur le corps de l’instrument pour les premières clarinettes, soit sur la face interne des clés pour les instruments postérieurs. Du fait de la mollesse de ces ressorts, les clés étaient assez peu maniables (par rapport aux clés actuelles) et le mécanisme relativement lent.

Clé et son ressort
Clé d’une copie d’un traverso baroque, dont le principe de fonctionnement était identique
à celui de la clarinette, et qui montre bien le ressort.

La plupart des premières clarinettes étaient des clarinettes en ré, mais on en trouva rapidement en ut et en si bémol, et plus rarement en la. En effet, le manque de clés ne permettait pas à cette époque de jouer facilement et avec une justesse satisfaisante dans toutes les tonalités ; il fallait donc changer d’instrument.

Par la suite, d’autres clés ont été rajoutées. Autour de 1740, la clarinette se vit allongée et dotée d’une troisième clé par un facteur de Brunswick, Fritz Barthold, permettant d’obtenir le mi grave : on gagnait ainsi un demi-ton dans le grave, et également un nouveau doigté pour le si situé au milieu de la portée en clé de sol (doigté du mi grave avec la clé de 12ème). Cette clé était actionnée à l’époque par le pouce de la main droite.

D’ailleurs, comme toutes les clés étaient placées au milieu de l’instrument, le clarinettiste pouvait indifféremment jouer avec la main gauche en haut et la main droite en bas ou l’inverse. Pour le seul trou qui n’était pas centré, celui du fa grave, les facteurs avaient trouvé deux solutions. Sur certaines clarinettes, ce trou était en fait double : il y en avait un de chaque côté, et le clarinettiste bouchait avec de la cire le trou inutile, suivant le côté duquel il jouait.

Clarinette de Stinglwagner 1770
Clarinette de Stinglwagner datée de 1770, avec double trou de fa grave.

Sur d’autres, ce trou était placé sur une partie mobile solidaire du pavillon : il suffisait donc de le tourner d’un côté ou de l’autre.

Clarinette de Denner 1700
Clarinette de Denner datée de 1700, avec trou de fa grave simple.

Plus tard, la clé de mi grave a été déplacée pour se retrouver à sa place actuelle, sur la gauche de l’instrument.

Gravure de Weigel
Gravure de Weigel

La plus ancienne image d’un musicien jouant de la clarinette est une gravure d’un artiste de Nuremberg, J. C. Weigel, parue en 1722 dans une collection intitulée Musicalisches Theatrum. La légende comparait d’ailleurs la clarinette à la trompette (le mot « clarinette » est dérivé du mot « clarino », une petite trompette).

C’est de cette époque que datent les premières utilisations de la clarinette par les compositeurs. Vivaldi employa deux clarinettes en ut dans les concertos grosso RV 556, RV 559 et RV 560. Joseph Faber, maître de chapelle à Anvers, l’utilisa dans une messe en 1720. Vers 1740-1750, Johann Melchior Molter (1696-1765), maître de chapelle à Durlach, composa les six premiers concertos pour clarinette que l’on connaisse, pour petite clarinette en ré. L’écriture de la partie de clarinette de ces concertos est assez proche de celle des concertos pour petite trompette de l’époque, comme ceux de Vivaldi par exemple, même si on y trouve déjà des éléments propres à la clarinette.

Malgré cette utilisation de plus en plus fréquente de la clarinette, la première moitié du XVIIIème siècle a vu cohabiter la clarinette et le chalumeau. En effet, les instrumentistes ayant des difficultés à maîtriser les différents registres de la clarinette utilisaient encore le chalumeau, auquel un nombre important de compositeurs s’était intéressé. Fait assez étonnant, alors que la clarinette avait vraiment supplanté le chalumeau, Franz Anton Hoffmeister (1754-1812) écrivait encore un concerto pour chalumeau en 1780.

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Sources de cet article : voir la page Bibliographie.

 

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