Mozart et la clarinette

Si je devais être abandonné sur une île déserte, avec pour seul lien avec la civilisation un lecteur de CD et un seul disque avec moi, je choisirais à coup sûr un enregistrement du Concerto pour clarinette de Mozart.

Comme le dit très bien Florent Héau dans la première des deux vidéos que je vous propose ci-dessous (Adagio et Rondo), c’est la première œuvre majeure composée pour la clarinette… et peut-être le chef d’œuvre ultime jamais écrit pour notre instrument.

Wolfgang Amadeus MozartLa clarinette occupe une place toute particulière dans la vie de Mozart. De passage à Mannheim lors d’un de ses voyages, il écrivait ainsi à son père :

Oh, si seulement nous avions aussi des clarinettes – vous ne pouvez imaginer l’effet splendide d’une symphonie avec flûtes, hautbois et clarinettes !

Plus tard, il compose à l’intention de son ami et frère de loge Anton Stadler plusieurs chefs-d’œuvre :

  • le Concerto, pour clarinette et orchestre (K. 622),
  • le Quintette, pour clarinette et quatuor à cordes (K. 581),
  • le Trio des quilles, pour clarinette, alto et piano (K. 498).

Mozart avait en outre une prédilection pour le cor de basset : on trouve de nombreux divertimentos pour trois cors de basset, et il l’utilise dans plusieurs de ses œuvres majeures : le Requiem, la Flûte enchantée, la Clémence de Titus.

Cor de basset (1791)
Cor de basset (1791)

On sait maintenant du concerto que Mozart en avait écrit une esquisse en sol majeur pour cor de basset en sol, commencée en 1787 et qui porte le numéro K.621b. Cet instrument a été choisi dans cette première version car il était alors plus abouti techniquement que son cousin en fa et permettait davantage de virtuosité.

Clarinettes de basset
Clarinette de basset

La découverte par Mozart l’année suivante de la clarinette en la de basset de Stadler, mise au point par le facteur Théodore Lotz, l’a conduit à modifier sa partition originale. Cet instrument est simplement une clarinette en la étendue vers le grave. En notes écrites, on conserve toute l’étendue habituelle de la clarinette juste qu’au mi grave en-dessous de la portée, à laquelle s’ajoutent quatre notes supplémentaires : mi bémol, ré, ré bémol, do. En sons réels, on atteint ainsi le la situé dans le premier interligne en clef de fa.

Sur la photo ci-contre, la vue de derrière montre bien les quatre clés supplémentaires, actionnées par le pouce sur ce modèle.

Le quintette pour clarinette et quatuor à cordes est lui aussi écrit pour cet instrument. Si de nos jours, ces œuvres sont jouées la plupart du temps sur des clarinettes en la « normales », certains interprètes préfèrent utiliser la clarinette en la de basset avec laquelle certaines phrases et certains arpèges sonnent mieux, puisque pensés à l’origine pour cet instrument.

Sabine Meyer a fait ce choix dans la vidéo que je vous propose ci-dessous :

D’autre part, il est important de mentionner Anton Stadler en tant que pédagogue, puisque, sur la demande du comte hongrois Georg Festetics, il a rédigé un projet musical (Musikplan) visant à la création d’une école de musique à Keszthely (petite ville sur le lac Balaton, au sud-ouest de Budapest, en Hongrie). Cette école fut effectivement créée, en novembre 1800, et le chœur et l’orchestre se produisaient avec succès dès l’année suivante. L’école comportait cinq classes (chant, piano, orgue, violon, instruments à vent). Tous les élèves commençaient par le chant, pour apprendre le rythme et la justesse. Ils avaient également des cours de piano afin de développer leur oreille harmonique, des cours de composition, etc. On enseignait aux pianistes l’accord du piano, aux élèves apprenant un instrument à vent la réparation et l’entretien de leur instrument. Les études étaient prévues sur six ans.

Mais revenons à la clarinette. A la fin du XVIIIème siècle, on ne parle plus d’elle en la comparant systématiquement avec le hautbois ou la trompette, elle a enfin acquis son identité propre. Et si l’évolution de la facture instrumentale a contribué à la construction de cette identité, le génie de Mozart n’y est pas étranger non plus !

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Sources de cet article : voir la page Bibliographie.

 

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