Un peu de méthode #4

Dans mon dernier article sur la méthode de travail, j’ai présenté l’intérêt de décortiquer un trait difficile en faisant des allers-retours et en tournant autour d’une note-pivot. L’idée d’aujourd’hui est aussi de travailler « à l’envers », mais de façon plus globale.

La réussite d’un passage difficile tient énormément à la confiance en soi, à l’idée qu’on est capable de jouer le trait sans se tromper. Finalement, pour qu’un trait soit réussi, il faut qu’il nous paraisse facile. Et s’il peut nous paraître de plus en plus facile au fur et à mesure qu’on le joue, alors que demander de plus ? La technique que je vais vous exposer vous permettra d’installer cette confiance croissante.

La plupart du temps, lorsqu’on a un passage à travailler, on commence toujours par le début de la phrase. Les premières mesures auront donc toujours été plus répétées que les dernières car, surtout au début du travail, on s’arrête et on reprend avant d’être arrivé la fin. Ainsi, plus on avance dans le passage, et moins on est à l’aise, car plus on s’approche des dernières mesures, moins on les a répétées. De plus, et ceci est particulièrement vrai pour les instruments à vent, on se trouve toujours dans les conditions de fatigue et de souffle les plus difficiles au moment de jouer la fin de la phrase, qui se trouve donc associée à des sensations négatives.

Pour éviter ces problèmes, il suffit de commencer à travailler par la fin. On ne jouera pas à proprement parler à l’envers, mais on commencera par jouer la dernière mesure, puis les deux dernières mesures, puis les trois dernières, etc. Cela peut également être le dernier temps, puis les deux derniers, etc. si nécessaire. À vous d’évaluer selon la difficulté du passage en question.

Prenons cet exemple tiré du mouvement lent du deuxième concerto de Weber :

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La difficulté ici n’est pas de technique digitale (bien que certaines synchronisations de doigts puissent demander une certaine attention), mais plutôt de phrasé et de gestion du souffle. Le principe est évidemment le même pour un passage plus rapide.

On commence donc par ne jouer que les deux dernières mesures :

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Comme on n’a rien joué avant, on se trouve dans les meilleures conditions, en particulier au niveau du souffle dans le cas de cet exemple. Sur un passage plus technique, on aurait ainsi éliminé toute l’accumulation de stress et de crispations qui aurait eu lieu si on avait aussi joué la phrase depuis le début.

Quand ces deux mesures fonctionnent parfaitement, on en rajoute une :

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Les deux dernières mesures ayant été déjà travaillées, elles ne posent plus de problème. L’avantage est que cela permet à la fois de se concentrer sur la nouvelle mesure et d’installer plus profondément la réussite des suivantes.

Et ainsi de suite :

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Et enfin la phrase complète :

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Ainsi, lorsqu’on joue la phrase entière, plus on avance et plus on se trouve dans une situation confortable puisque chaque mesure a été plus travaillée que la précédente. Au lieu de s’effriter, la confiance s’accroît ! C’est appréciable en toutes circonstances, en particulier en situation d’examen, de concours ou de concert.

On peut ensuite imaginer d’effectuer ce travail à différents niveaux :

  • au sein de chaque phrase musicale : on décompose mesure par mesure (comme dans l’exemple ci-dessus), voire temps par temps,
  • dans le cadre d’un mouvement de concerto : on décompose phrase par phrase, puis partie par partie (par exemple la réexposition, le développement et l’exposition dans le cadre d’une forme-sonate),
  • pour l’œuvre complète : on décompose par mouvements.

Utilisez-vous déjà cette technique ? Y voyez-vous d’autres avantages ?

 

 

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Un commentaire


  1. Commentaire un peu tard, mais je me remets à la clarinette que depuis peu 🙂

    J’ai déjà utilisé cette technique qui est effectivement très efficace. Je l’ai apprise en orchestre, comme quoi elle est aussi efficace pour la musique en groupe 🙂 Depuis, quand je vois un musicien bloquer sur un trait, je lui conseille souvent cette méthode ainsi que celle de changer les rythmes.

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