Un peu de méthode #1

Je commence avec ce post une série d’articles destinés à tout clarinettiste (et plus largement, à tout musicien) désireux d’améliorer sa méthode de travail. Certains « trucs » que je vais exposer ici sont bien connus, d’autres moins, et dans tous les cas, si vous souhaitez discuter au sujet de mes propositions, n’hésitez pas à commenter au bas de l’article !

Je vais parler aujourd’hui du travail d’un « trait » difficile en se basant sur des points d’appui.

Pourquoi des points d’appui ?

Bien souvent, le musicien pressé d’obtenir un résultat appréhende les notes l’une après l’autre, parfois même sans lien entre elles parce que les difficultés de technique digitale font oublier de soutenir le son. Évidemment, une telle façon de faire risque de conduire à une impasse à la fois technique et musicale : manque de fluidité et de régularité dans l’enchaînement des notes, crispations des doigts et du corps en général, impossibilité d’atteindre le tempo voulu, dépense d’énergie excessive, absence d’élan musical…

Placer judicieusement des points d’appui permet d’éviter une bonne partie de ces écueils. La principale raison est peut-être que le cerveau humain a du mal à considérer d’un bloc des groupes de plus de 5 ou 6 objets. Rien que pour structurer mentalement un trait, placer des points d’appuis suffisamment rapprochés est indispensable. Cet espacement va toutefois varier en fonction de nombreux paramètres : métrique, nature et degré de difficulté, niveau de maîtrise de l’instrumentiste et habitude de ce genre de travail.

Où placer des points d’appui, et comment les réaliser ?

Prenons un exemple simple, une gamme diatonique ascendante de Sol Majeur :

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Ici, il y a déjà dans la partition deux points d’appuis évidents :

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A eux seuls, ils permettent déjà de découper le trait en deux parties, et donc d’optimiser la répartition de l’énergie : non plus une impulsion sur chaque note, épuisante et improductive, mais une au début sur le premier sol et un élan vers le dernier sol :

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On peut dans un premier temps réellement décomposer le trait en deux, en veillant à concentrer l’énergie sur le premier sol, les 3 notes suivantes étant alors comme une résonance, et à bien soutenir la fin du trait en direction du sol final :

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Ici, il est particulièrement intéressant d’alléger les notes « la-si-do » dans la mesure ou la plupart des clarinettistes en herbe ont tendance à mettre trop d’énergie dans le passage de registre. Ce qui permet justement de le réussir est d’avoir la bonne énergie en amont, ici sur le sol.

Dans la mesure où ce trait est court, on peut aussi tenter de ne conserver que l’appui initial :

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Ou au contraire, s’aider d’un grand élan en visant le sol final :

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Mais ce travail sur la répartition de l’énergie peut ne pas suffire à régler certains problèmes de régularité par exemple, et il est alors nécessaire de travailler en ajoutant d’autres points d’appuis que ceux déjà présents dans la partition. Les plus couramment utilisés sont les notes tombant sur les temps (dans notre exemple, le do, en plus des 2 sols) : c’est un premier pas intéressant qu’il ne faut pas négliger, mais je pense qu’il est plus profitable de placer successivement des appuis sur toutes les notes. Ainsi, notre cerveau et nos doigts ont une conscience aiguë de chacune d’elles, et c’est ce qui permet d’obtenir le meilleur résultat, en terme d’homogénéité de son, de qualité de phrasé et de fiabilité dans toutes les circonstances, même les plus difficiles (examen, concours, concert…)

Les appuis peuvent être réalisés de façon rythmique : il suffit d’allonger la note que l’on veut appuyer. Pour que l’appui soit efficace, il ne faut pas hésiter à exagérer l’allongement, au moins dans un premier temps. De plus, décaler les appuis est parfois déroutant, prendre un tempo plus lent est alors une bonne idée !

Commençons par appuyer une note sur deux :

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Puis on inverse :

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Le rythme suivant peut aussi être intéressant, mais en ne faisant pas coïncider la note longue et la note sur le temps, il est source de difficultés et donc de crispations : il vaut mieux l’éviter dans un premier temps et lui préférer le rythme précédent qui est beaucoup plus naturel, surtout lorsque le but de l’exercice est de s’appuyer sur les notes longues.

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Appuyer une note sur trois est également une bonne chose, en particulier quand le rythme du trait est binaire au départ : l’idée est de déstructurer complètement pour mieux restructurer ensuite.

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On décale :

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Et on décale encore, pour que chaque note se soit retrouvée appuyée à un moment ou à un autre :

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A ce stade de votre travail, vous pouvez déjà reprendre le trait dans sa version originale et constater les progrès accomplis !

Il me reste à vous parler des exercices que l’on peut imaginer en variant les articulations, mais cet article est déjà assez long alors ce sera pour la prochaine fois, dans « Un peu de méthode #2 » !




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