La clarinette au XIXème siècle : toujours plus de clés

Le début du XIXème siècle a été marqué par l’invention des « systèmes simples » de mécanismes d’instruments à vent. Simples en comparaison des systèmes actuels, ils représentaient à l’époque une grande amélioration pour la facilité de jeu. Dans la deuxième moitié du siècle a été développé un système de clés qui, à quelques améliorations près, est encore utilisé de nos jours. Son avènement a été rendu possible entre autres par la mécanisation croissante de la fabrication des instruments. Nous verrons cela plus en détail dans un prochain article.

Il est intéressant de noter que c’est à partir du XIXème siècle qu’ont été utilisés des bois durs (le palissandre, l’ébène) pour la fabrication de la clarinette.

Clés arrondiesEn 1806, le clarinettiste Ivan Müller apporta plusieurs améliorations à la clarinette. Il semblerait qu’il ait inventé les tampons modernes : de baudruche ou de cuir, plus épais et collés à l’intérieur de clés arrondies (et non plus plates et spatulées), il permettaient un bien meilleur bouchage. Plus tard, il ajouta le support de pouce métallique et remplaça la ficelle qui maintenait l’anche par une ligature métallique à vis.

Le but de Müller était également d’améliorer le système de clés pour que toutes les tonalités deviennent jouables, et il présenta en 1812, après 6 ans de recherches, une clarinette à 13 clés à un comité d’experts du Conservatoire de Paris. Elle fut malheureusement d’abord rejetée dans un rapport de 1814, ce qui n’empêcha pas pour autant de grands clarinettistes comme Friedrich Beer et J. B. Gambaro de l’utiliser et de répandre progressivement son usage.

Au sujet de Müller et de l’évolution de la clarinette à cette époque, je vous invite à lire un rapport très intéressant, rédigé en 1822 par un certain M. Francœur dans le « Bulletin de la société d’encouragement pour l’industrie nationale ».

Une clarinette à 13 clés datant de 1820 environ, proche du modèle de Müller :

Clarinette à 13 clés datant de 1820 environ, proche du modèle de Müller.

Le clarinettiste Simon Hermstedt, qui jouait sur une clarinette à cinq clés, est passé à une clarinette à treize clés afin de pouvoir exécuter les concertos très virtuoses que Louis Spohr (1784-1859) écrivait à son intention.

Cependant, Heinrich Baermann, le clarinettiste dédicataire des œuvres de Carl Maria von Weber (1786-1826), jouait sur une clarinette à dix clés. Les concertos, composés en 1811, ainsi que le grand duo concertant pour clarinette et piano (1815-1816) étaient des œuvres très novatrices à l’époque, tant sur le plan de l’expression (Weber est un des premiers compositeurs romantiques), que sur le plan technique : l’interprète devait faire preuve d’une virtuosité sans faille pour rendre tout le brillant des traits de doubles-croches et d’une grande souplesse pour réaliser correctement les grands intervalles et atteindre les notes suraigües.

A cette époque, la clarinette était vraiment en plein essor : en 1795, il n’y avait pas moins de 12 professeurs de clarinette pour 104 élèves au Conservatoire de Paris !

Vers 1820, les Français et les Anglais jouaient encore avec l’anche en haut, alors que les Allemands jouaient déjà avec l’anche en dessous, ce qui permettait un meilleur contrôle du son. Mais lorsque Friedrich Beer est arrivé au Conservatoire de Paris, les Français se sont mis à jouer eux aussi avec l’anche en dessous. Les Anglais ont continué quelque temps à jouer « à l’envers », mais ont rapidement suivi l’exemple.

Concernant les autres instruments de la famille des clarinettes, il faut remarquer que le seul grand compositeur à avoir utilisé le cor de basset au XIXème siècle est Félix Mendelssohn (1809-1847), dans ses deux Konzertstücke pour clarinette, cor de basset et piano. Ces pièces furent créées à Königsberg en 1833 par Mendelssohn lui-même au piano, avec Heinrich Baermann et son fils Karl.

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Sources de cet article : voir la page Bibliographie.

 

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