Les ancêtres de la clarinette (2) : Le Moyen-Âge

On trouve au Moyen-âge un instrument très répandu, qui existait certainement dès le Vème siècle avant J.-C. en Grèce, appelé la vèze. Il était formé d’un tuyau cylindrique courbe, surmonté d’une outre (souvent faite de vessie de porc) contenant une anche simple (ou parfois une anche double).

Vèze
Vèze d’après Sebastian Virdung, (1511)

Il semblerait que la vèze soit à l’origine d’un autre instrument intégrant des anches simples, la cornemuse. Elle apparaît au début du Moyen-âge, en développant l’outre de la vèze, et en multipliant le nombre de tuyaux. Une cornemuse française du XVIIème siècle décrite par Marin Mersenne dans son Harmonie Universelle comportait un tuyau mélodique à anche double et deux bourdons (un petit et un grand) à anche simple idioglotte.

Cornemuse française du XVIIème
Cornemuse française du XVIIème : les détails des différentes parties montrent bien les anches simples idioglottes des deux bourdons et l’anche double du tuyau de jeu mélodique, ainsi que la soupape de l’embouchure.

Pour vérifier la qualité de leurs anches, les joueurs de vèze ou de cornemuse démontaient leur instrument de façon à souffler directement à travers l’anche en la mettant dans la bouche. Le tube comportant l’anche ainsi démonté était dénommé chalumeau. D’où le double sens de ce mot, qui désignait soit une partie de la vèze ou de la cornemuse, soit l’instrument chalumeau à part entière.

On trouve le chalumeau, instrument folklorique d’Europe, du Moyen-âge jusque vers 1750. On le considère comme l’ancêtre direct de la clarinette moderne. La plupart des chalumeaux mesuraient environ 20 cm (contre 67 cm pour la clarinette en si bémol actuelle), et avaient 6 trous sur le dessus et un dessous, pour le pouce. L’anche était encore taillée directement dans l’extrémité supérieure de l’instrument, comme dans l’Antiquité, et n’était donc pas amovible. Selon les époques et les régions, l’anche était soit directement dans la bouche du musicien, soit enfermée dans une petite boite en bois surmontée d’un tuyau servant d’embouchure.

Au Moyen-âge, le chalumeau était un instrument joué essentiellement par les paysans et par les musiciens folkloriques ; ils le fabriquaient d’ailleurs eux-mêmes et les facteurs d’instruments ne s’y sont pas vraiment intéressés. Les instruments à anches doubles qui présentaient l’avantage pour les musiciens d’avoir une anche amovible se sont plus rapidement perfectionnés. Ainsi, quand apparaîtra plus tard la clarinette, les fabricants utiliseront certes l’anche simple du chalumeau, mais s’inspireront des techniques de fabrication acquises sur les instruments à anche double.

Au XIIème siècle, en France, le chalumeau est désigné par les noms suivants (l’orthographe n’était pas fixe comme de nos jours), qui ont tous la même racine latine calamus : chalumeau, chalemeau, chaleumeau, chaleumiau, chalemel, canameau, cannebaux, canimeaus, chalemiaus, chalemelle, chalemele, chalemie, chalemye, chalemise, chalemine, canamelle, kalemele, qualemele, schalmaye…

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Sources de cet article : voir la page Bibliographie.

 

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