Les ancêtres de la clarinette (3) : le chalumeau baroque

C’est aux alentours des années 1700, à deux ou trois décennies près, que les compositeurs s’intéressent au chalumeau : parmi eux Johann Joseph Fux (1660-1741), Johann Adolf Hasse (1699-1783), Jan Dismas Zelenka (1679-1745), Johann Christoph Graupner (1683-1760), Carl Ditters von Dittersdorf (1739-1799), Johann Friedrich Fasch (1688-1758),… Un certain nombre de leurs œuvres ont été enregistrées, en particulier par le clarinettiste Jean-Claude Veilhan.

On trouve dès la première édition de l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert une description assez précise ainsi qu’une illustration du chalumeau :

Chalumeau
Chalumeau dans l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert

* CHALUMEAU, s. m. (Musique & Lutherie.) cet instrument passe pour le premier instrument à vent dont on ait fait usage. C’étoit un roseau percé à différentes distances. On en attribue l’invention aux Phrygiens, aux Lybiens, aux Egyptiens, aux Arcadiens, & aux Siciliens : ces origines différentes viennent de ce que celui qui perfectionnoit passoit à la longue pour celui qui avoit inventé. C’est en conséquence qu’on lit dans Pline, que le chalumeau fut trouvé par Pan, la flûte courbe par Midas, & la flûte double par Marsias.

Encyclopédie Diderot ChalumeauNotre chalumeau est fort différent de celui des anciens : c’est un instrument à vent & à anche, comme le hautbois. Il est composé de deux parties ; de la tête, dans laquelle est montée l’anche semblable à celle des orgues, excepté que la languette est de roseau, & que le corps est de bouis ; du corps de l’instrument, où sont les trous au nombre de neuf, marqués dans la figure, 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8. Le premier trou 1, placé à l’opposite des autres, est tenu fermé par le pouce de la main gauche ; les trois suivans 2, 3, 4, le sont par les doigts index, moyen, & annulaire de la même main ; les trous 5, 6, 7, 8, sont fermés par les quatre doigts de la main droite. Il faut remarquer que le huitieme trou est double, c’est-à-dire que le corps de l’instrument est percé dans cet endroit de deux petits trous, placés à côté l’un de l’autre. Celui qui joüe de cet instrument, qui se tient & s’embouche comme la flûte-à-bec (voyez Flute-à-bec), ferme à la fois ou séparément les deux trous, comme il convient, & tire un ton ou un semi-ton, ainsi qu’on le pratique sur divers autres instrumens.

Ce chalumeau a le son desagréable & sauvage : j’entends, quand il est joüé par un musicien ordinaire ; car il n’y a aucun instrument qui ne puisse plaire sous les doigts d’un homme supérieur ; & nous avons parmi nous des maîtres qui tirent du violoncelle même des sons aussi justes & aussi touchans que d’aucun autre instrument. Il paroît que le chalumeau, dont la longueur est moindre que d’un pié, peut sonner l’unisson des tailles & des dessus du clavecin. Il n’est plus en usage en France. Voyez la Planche de Lutherie, fig. 20, 21, & 22. La figure 20 représente l’instrument entier vû en-dessous ; la figure 21, le corps de l’instrument vû en-dessus ; & la figure 22, l’anche séparée.

Il est intéressant de noter que le chalumeau se déclinait en une famille soprano, alto, ténor, basse, et que les modèles étaient très variés. On trouve même un nombre important de chalumeaux à deux clés au moment où la clarinette va apparaître, même si certains chalumeaux n’avaient pas de clé du tout, ou au contraire les 5 ou 7 clés indispensables au fonctionnement d’un instrument tel que le chalumeau basse.

D’autre part, il est important de remarquer qu’au XVIIIème siècle, la notation chalumeau sur une partition était ambiguë, puisqu’elle pouvait aussi bien désigner le chalumeau lui-même, utilisé jusque vers le milieu du siècle, que la clarinette (apparue vers 1700), ou encore le registre grave de la clarinette.

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Sources de cet article : voir la page Bibliographie.

 

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